La tache

Autrefois vécut un guerrier qui se trouva cinq ans durant pris de passion pour une femme. Elle était subtile, sensible, fraîche et belle comme un printemps, sauf qu'elle avait dans son oeil droit un point blanc, une tache infime aussi menue qu'un grain de sel. L'homme, d'abord, ne la vit pas. Le temps passa. Hélas, tout passe. Son coeur brûlant se refroidit. Il fronça, un jour, les sourcils.
-Femmes, dit-il,
viens au soleil, que je vois de près ta figure. Tu as une tache dans l'oeil. Depuis quand est-elle apparue ?
Elle rép
ondit, la tête basse :
-Depui
s que tu ne m'aimes plus.
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# Posté le mercredi 19 novembre 2008 16:47

Modifié le mercredi 19 novembre 2008 17:01

Le coeur de l'ogre

Il fut autrefois une fille aussi humble qu'un oisillon dans la main du dieu des forêts. la foudre lui tomba dessus. elle aima un jeune homme noble. il partit un jour au combat contre des pillard de villages. Il advint qu'il n'en revient pas. Son amoureuse se fit nonne. Trente années durant elle pria. Vont enfin l'instant où sa voix toucha l'oreille des Bouddhas. Ils se dirent: "Peut-on l'admettre dans le jardin des Bienheureux ? " Ils réfléchirent. Ils observèrent. peut-être virent-ils son âme trop pesante pour s'envoler. Ils ne vinrent pas la chercher. Ils voulurent qu'elle vienne seule, à pied, par les chemins abrupts qui vont de ce monde imparfait à la simplicité des cimes où demeurent les Immortels.

Elle se mit donc en longue route sans souci des vents et des pluies, mendiant le gîte et le riz, indifférente au rebuffades, aux bousculades des enfants, aux croc-en-jambe des cailloux. Elle marcha des jours et des lunes. Elle parvint dans une forêt où n'était pas la moindre bête. Elle y trouva une maison, parmi des arbres abattus. elle s'en vint frapper à sa porte.
-Bonnes gens, l'hospitalité !
Sur le seuil parut une femme aux yeux hagards, aux joues bouffies, à la tignasse buissonneuse.
-Passe ton chemin, malheureuse !
-La nuit vient, ma mère, où aller ? Je ne veux rien qu'un lit de paille, un croûton sec, trois gouttes d'eau !
-Ne vois-tu pas chez qui tu es ? Mon fils est un ogre, ma fille : Je l'attends. Je l'entends gronder !
Elle s'effraya, trotta, dedans, revint au secours de l'errante.
-Entre. Misère, où te fourrer? Dans ce panier, sous la lucarne. Prie qu'il n'y vienne pas flairer !

Un coup de pied ouvrit la porte. Le sol trembla, les murs aussi.
-Holà, j'ai faim ! Cette forêt n'a plus de viande à dévorer ! Mère, à manger ! Mère, où es-tu ?
-Assieds-toi, mon ogre, j'arrive. J'ai là des oignons et des noix !
-Et quel est ce parfum, bougresse, qui me vient chatouiller le nez ? Que caches-tu dans ce panier ?
-C'est une sainte et belle nonne que les Bouddhas font voyager. Fais-lui grâce, crains leur colère si tu plantes tes crocs dedans !
L'affamé bouscula sa mère, souleva les haillons puants. Il vit l'errante. Il recula.

La nonne se dressa debout. Une lumière d'aube pâle environnait ses vêtements. Elle semblait un soleil levant. L'ogre avança ses doigts tremblants, à peine lui toucha l'épaule.
-Ma sainte dame, lui dit-il, les Bouddhas t'ont faite si belle que je n'ose effleurer ta peau. Pardonne-moi si je t'effraie. Je ne te ferai pas de mal. Vois, c'est moi qui crains ton regard.
Elle sourit et baissa le front. Il soupira, il renifla, eut un sanglot. Il dit encore:
-J'ai tant tué, tant dévoré que vient là, sou tes yeux, simples, la peur du jugement des dieux. Tu vas reprendre ton chemin, et je vais rester seul au monde, égaré dans mes faims de loup. Dame, qui sait, dis-moi que faire pour te revoir peut-être un jour dans le jardin des Immortels !
Elle répondit :
-Donne ton c½ur.
C'était "amour" qu'elle voulait dire. L'entendit-il comme il fallait ? Un saint entend avec son âme, un ogre entend avec sa chair. Il poussa un rugissement, plongea ses poings dans sa poitrine, arracha son c½ur, le tendit.
-Porte-le aux Bouddhas, dit-il.
Il s'effondra contre ses pieds. elle se pencha sur son cadavre. Elle baisa sa bouche. Elle promit.

Elle mit le cadeau dans un linge, le suspendit à son bâton et dès le soleil revenu elle reprit sa route patiente. Après trois jours le coeur pourrit. Après cinq jours il empesta. Après sept jours elle le jeta dans un buisson peuplé d'abeilles. Elle chemina infiniment. Combien de temps? Nul ne peut dire. Un soir, enfin, à bout de vie, elle parvint au seuil du Jardin. Elle frappa à la haute porte. Un Immortel vint au guichet.
-Ouvre, je suis fatiguée.
-N'as-tu rien oublié, ma fille ?
Elle mit la main devant sa bouche. Elle se souvint.
-Un coeur offert.
-Alors, il faut t'en retourner. Par pitié je te fais légère. Vole et reviens, nous t'attendrons !
Il fit d'elle un coq de bruyère. Elle s'envola sur les chemins, appelant partout le perdu. Peut-être l'a-t-elle trouvé. Dieu seul sait dans son vieux silence sil est un ogre au paradis.
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# Posté le dimanche 16 novembre 2008 17:30

Modifié le mercredi 19 novembre 2008 16:59

La souris et le vent

C'était un désert silencieux, paisible, un désert sans faute, un désert sans rien, sans le moindre brin de buisson mortel, un désert. Il n'était que sable, il n'était que ciel. Et dans ce désert, avec la lumière, le sable, le ciel, il y avait le vent, et une souris.

Il y
avait l'amour. L'amour est partout, surtout au désert où rien ne l'entrave, ni piège, ni mur. L'amour avait fait son nid infini dans le coeur du vent et de la souris. Au bord de son trou sans cesse elle disait:
-Vent, je v
eux te voir!
-M'aimes-tu
, souris?
-Tu
m'emplis le coeur, la tête, le corps, mais tu vas, tu passes, tu n'es jamais là.
-Vie
ns, que je caresse ton ventre, ton dos, ton menu museau!
-Oh, oui
, je te sens, oh, tes mains, ton souffle! Oh, tes yeux, dis-moi, comment sont tes yeux, de quelle couleur? Ta bouche, ton front? Te voir, vent, te voir! Comment t'aimer bien sans jamais te voir?

Un heureux
matin (lumière tranquille, dunes alanguies) le vent répondit:
-Par amour p
our toi je vais t'apparaître avec mes vraies mains, avec ma vraie bouche, ma poitrine nue, mes cheveux défaits, et tu me verras tel que Dieu m'a fait. Attends, je reviens.
Plus
un souffle d'air. Silence, soleil, paix, sieste du sable. La souris, béate, attendit le vent.

Soudain du lointain vint un sifflement, une nuée grise envahit la dune, un tourbillon fou vint au bord du trou, un géant poudreux se mit à hurler:
-Souris, me voi
s-tu? Ma mère m'a dit que j'étais superbe. Regarde-moi donc! Dis, suis-je assez beau? Souris, mon aimée, réponds, où es-tu? C'est moi maintenant qui ne te vois lus! Tu sais, je eux être encore plus fort, encore plus grand, plus vivant encore! Souris, je t'en prie, dis-moi quelque chose, je te sens déçue. Dis-moi que tu m'aimes encore et toujours!

Elle
n'entendait pas. Elle entendait trop. Elle s'était enfouie dans son trou profond. Elle tremblait de froid, gémissait d'effroi. Tempête, ouragan, vertige, bourrasque, l'amour est ainsi quand il vient tout nu. Elle ne savait pas.
La souris et le vent

# Posté le lundi 11 août 2008 10:41

La conférence des papillons

La conférence des papillons
L'adulte croit qu'il sait...

Des papillons, un soir d'été, voletant au hasard des brises rencontrèrent l'ombre nocturne d'une maison de pauvres gens. Derrière la lucarne ouverte ils aperçurent, dans le noir, une flamme droite, menue. C'était celle d'une bougie. Ils en eurent l'âme éblouie. Ils n'avaient jamais vu de semblables lueurs dans le désert des nuits. Ils s'assemblèrent, frémissants, sur la branche basse d'une arbre, à quelques coups d'ailes du lieu où cette merveille brillait.
-Oh, sa beauté! se dirent-ils.
-Oh, sa droiture, sa noblesse!
-Sentez-vous comme cette flamme nous appelle? dit un ancien. Dans ce monde obscure où nous sommes, c'est la lumière de l'amour. Elle est notre rêve vivant. elle doit savoir ce que sait Dieu. Nous l'avons vue, et désormais comment vivre encore sans elle? L'un d'entre nous doit l'approcher, nous ramener de ses nouvelles.

Un intrépide s'ébroua, s'envola jusqu'à la lucarne. Il se posa sur le rebord. La flamme eut un frisson léger, la pénombre à peine s'émut. Il s'effraya, revint en hâte, décrivit la chose aperçue.
-Impressionnant! dit-il aux autres. Elle a bouger quand elle m'a vu!
L'ancien soupira. Il lui dit:
-Tu ne t'es guère approché d'elle. Que peux-tu savoir de sa vie?

On envoya un autre expert. Celui-là franchit bravement le seuil obscur de la lucarne, effleura la pointe du feu, poussa un cri de papillon, vira de bord, l'aile fumante, et s'en revint à la nuit fraîche en braillant qu'il s'était brûlé.
-Insuffisant, grogna l'ancien. Nous voulons savoir plus et mieux.

Un troisième, ivre de passion, s'en fut sans qu'on le lui demande. Il s'enfonça dans les ténèbres, embrassa la flamme étonnée, s'embrasa, partit en fumée. On vit de loin ce compagnon un bref instant éblouir l'ombre.
-Lui seul sait ce qu'amour veut dire, murmura le vieux papillon. Il a eu, c'est incontestable, de vraies nouvelles de l'aimée.
Henri Gougaud
... tandis que l'enfant sait qu'il croit.
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# Posté le dimanche 10 août 2008 14:00

Prose

Prose
Comme si on était pourchassé,
On f
ile.
Not
re poitrine desséchée...
...Nous y incite.
Ne pleu
rer pour personne,
Ne
pleurer pour rien.
Tel est notre temps...
Co
rriger les dommages, dénouer les c½urs, dénouer les ombres,
Retenir
son souffle et traverser les ténèbres.
E
t se battre contre quelque chose,
O
u aimer un autre,
Cela ne prendra jamais fin.
En
chemin...
J
e veux m'épanouir,
M'épanouir de tout mon corps...

Si
je me rappelais des choses...
...Et du temps où je commençais à sentir que je comprenais.
E
n réalité, mes mots affaiblis sont justes à côté de moi.
Des
nuits où la réponse ne me venait pas.
Un petit peu de chaleur.
Et
une envie d'être loin.
Je me rappelle seulement d'eux...
...Et je vis en me les répétant.
Ce que je porte aux creux de mes mains est une gouttelette de temps.
Je reste légèrement dans ses souvenirs perdus dans lesquels j'ai égaré ces mots.
Ce sentiment, je prie...

Carte du Tendre : On ne va d'Amour en Amitié, lieux qui paraissent voisins, qu'en repassant par l'abîme de l'indifférence, si verdoyant que, la plupart du temps, on y reste.
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# Posté le jeudi 24 juillet 2008 08:37